PompeiiinPictures

VI.16.6 Pompeii. Fullonica. Linked to VI.16.7. Excavated 7th August 1903.

 

VI.16.6 Pompeii. May 2005. Looking west towards entrance doorway to wide room of fullonica. According to Sogliano, the entrance doorway threshold was made of lava. In the left half could be seen a longitudinal track for fixing a board for closure, in the other half (the right side) the track was missing and the remains of a hinge proved that there had been a movable shutter of a door there. In the south-west corner of the west wall is a doorway into what now appears to be a corridor leading to VI.16.7. According to Sogliano, this actually led into a narrow room which was under the stairs from the peristyle of VI.16.7. See Notizie degli Scavi di Antichità, 1906, p. 350.

VI.16.6 Pompeii. May 2005. Looking west towards entrance doorway to wide room of fullonica.

According to Sogliano, the entrance doorway threshold was made of lava.

In the left half could be seen a longitudinal track for fixing a board for closure.

In the other half (the right side) the track was missing, and the remains of a hinge proved that there had been a movable shutter of a door there.

 

In the south-west corner of the west wall is a doorway into what now appears to be a corridor leading to VI.16.7.

According to Sogliano, this actually led into a narrow room which was under the stairs from the peristyle of VI.16.7.

See Notizie degli Scavi di Antichità, 1906, p. 350.

 

VI.16.6 Pompeii. May 2005. Looking west along corridor leading to VI.16.7

VI.16.6 Pompeii. May 2005. Looking west along corridor leading to VI.16.7

 

VI.16.6 Pompeii. May 2005. North-east corner of fullonica, with structure, possibly remains of tub or basin. According to Sogliano, the walls were undecorated at the bottom to the height of the dado, and then above were crudely painted in white.  Leaning against the north wall would have been a wooden ladder, which probably led up to some rooms at the top of the House of the Golden Cupids. Also against the north wall were a masonry structure with two steps.  To left were the remains of three low walls, arranged like fullonica tanks for treading pigment into cloth. Also there were the remains of a shallow tank. See Notizie degli Scavi di Antichità, 1906, p. 350.

VI.16.6 Pompeii. May 2005. North-east corner of fullonica, with structure, possibly remains of tub or basin.

According to Sogliano, the walls were undecorated at the bottom to the height of the dado, and then above were crudely painted in white.

Leaning against the north wall would have been a wooden ladder, which probably led up to some rooms at the top of the House of the Golden Cupids.

Also against the north wall were a masonry structure with two steps.

To left were the remains of three low walls, arranged like fullonica tanks for treading pigment into cloth.

There were also the remains of a shallow tank.

See Notizie degli Scavi di Antichità, 1906, p. 350.

 

Les ateliers au sud-est de la Casa degli Amorini Dorati à Pompéi

Foulerie VI 16, 3-4 et foulerie VI 16, 6

 

Nicolas Monteix, Enora Le Quéré, François Fouriaux, Sanna Aho, Brice Ephrem, Sébastien Lepetz, Evan Proudfoot et Caroline Autret

 

École française de Rome, Université de Rouen (Groupe de recherches en Histoire - GRHIS, EA 3831), Centre Jean-Bérard (CNRS/EFR, USR 3133), Institut universitaire de France, en collaboration avec le Parco archeologico di Pompei.

 

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http://cefr.revues.org/3548

 

Merci à Nicolas Monteix et à ses collègues.

 

The following material is © Ecole française de Rome.

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Our thanks to Nicolas Monteix and colleagues.

 

Notes de l’auteur

Composition de l’équipe : N. Monteix, E. Le Quéré ; S. Aho (archéologue), C. Autret (céramologue), Charles Bigo (topographe, ESTP), Saverio De Rosa (numismate), B. Ephrem (ichtyologue), F. Fouriaux (topographe), E. Proudfoot (archéologue), Spyridon Tsiadis (archéologue), Baptiste Vergnaud.

 

Nous remercions le Parco archeologico di Pompei pour nous avoir permis de travailler dans les meilleures conditions, et tout particulièrement le prof. Massimo Osanna, directeur général du Parc, la dott.ssa Grete Stefani, directrice du site, la dott.ssa Silvia Martina Bertesago, fonctionnaire archéologue responsable de notre secteur, Vincenzo Sabini, assistant technique, Domenico Busiello et Ulderico Franco, responsables des dépôts.

 

Cette campagne de fouilles s’inscrit dans un projet plus large (« DELPO : Espaces urbains de production et histoire des techniques à Délos et à Pompéi ») faisant partie des programmes de recherche quinquennaux de l’École française de Rome et de l’École française d’Athènes. La fouille a été réalisée dans le cadre d’une concession pluriannuelle (2018-2020) accordée par le Ministero per i Beni e le attività culturali. La campagne de cette année s’est déroulée du 2 au 31 juillet 2018. Le traitement des données stratigraphiques a été grandement facilité par l’utilisation du Stratifiant, conçu par B. Desachy. Les photogrammétries ont été réalisées en utilisant une licence Photoscan fournie par la TGIR Huma-Num. Enfin, les données planimétriques ont été intégrées à un SIG développé sous QGIS.

 

Cette première campagne visait, par des nettoyages, à mesurer le potentiel des différents ateliers étudiés et à effectuer des sondages stratigraphiques à des fins de datation et de meilleure compréhension des aménagements productifs.

 

Foulerie VI 16, 6

Une exploration stratigraphique de la foulerie située en VI 16, 6 a été également menée au cours de cette campagne (fig. 21). Elle a été somme toute réduite, la majeure partie de la surface de l’atelier ayant été irrémédiablement détruite suite à l’installation, peu après son dégagement du matériel éruptif, d’une citerne destinée à alimenter les fontaines de la Casa degli amorini dorati (Note 17).

 

Note 17: GSP 1905: « Mese di agosto. […] Nella fullonica No6 Ins[ula]XVI – Reg[io] VI, si è costruita una piscina nel sottosuolo per stabilirvi la conserva di acqua necessaria per i bisogni del giardino della contigua casa No7 detta “degli Amorini dorati”. […] Mese di settembre. […] Si è frattanto ultimata la costruzione della piscina di cui è parola nel Giornale dello scorso mese, nella Fullonica No6 dell’Insula XVI – Reg[io] VI ».

 

Fig. 21 – Pompéi, VI 16, 6. Plan des principaux vestiges mis au jour pendant la campagne 2018. 
Relevé, dessin : S. Aho, E. Le Quéré, F. Fouriaux/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 21 – Pompéi, VI 16, 6. Plan des principaux vestiges mis au jour pendant la campagne 2018.

Relevé, dessin : S. Aho, E. Le Quéré, F. Fouriaux/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Après avoir dégagé toute la surface de la pièce des remblais modernes, nous avons initié, au nord et à l’ouest de la citerne, une fouille des niveaux conservés qui se voulait exhaustive. L’allongement du temps de fouille sous les stalles nous a empêchés d’atteindre ce but. De ce fait, et en raison des dégâts causés par la citerne, la division en phases que nous présentons est tout à la fois sommaire par moments et vouée à rester une chronologie relative.

 

Niveaux éruptifs anté-pliniens

Des niveaux éruptifs anté-pliniens ont été observés à plusieurs reprises en raison de leur excavation partielle par des fosses antiques. La stratigraphie la plus importante a été documentée sous le mur nord de l’atelier. Là, trois niveaux successifs ont été observés : un important paléosol, dont seule la partie supérieure a été repérée (34,93 m s.l.m.) ; un niveau peu épais de cendres jaunes (34,97 m s.l.m.) ; un possible second niveau de paléosol (35,21 m s.l.m.). Enfin, des niveaux de grey ash, correspondant à une phase éruptive survenue lors du Ier millénaire av. n. è., ont quant à eux été observés en trois points distincts, à des altitudes différentes, sans que leur surface originelle n’ait été conservée (Note 18).

 

Note 18 : Mur nord : 35,38 m s.l.m. ; coupe à l’ouest de la citerne : 35,61 m s.l.m. ; coupe à l’est de la citerne : 35,58 m s.l.m.

 

Vestiges d’une phase antérieure au IIe s. av. n.è.

Miraculeusement épargnés par la construction de la citerne, les restes d’un mur orienté est-ouest ont été observés au sud-est de notre principal sondage sur une longueur particulièrement réduite (0,35 m). Construit avec des moellons de calcaire « du Sarno », ce mur n’est associé à aucun niveau de sol. Il est hautement probable qu’il s’agisse d’une fondation dont l’élévation a été progressivement détruite par les travaux successifs survenus dans cet espace. Comme ce mur a été arasé sans laisser la moindre connexion avec des niveaux de fonctionnement, il est impossible à dater.

 

Une fosse domestique ?

L’unique élément de la seconde phase d’occupation perceptible dans cet atelier est une fosse d’un intérêt certain, tant par ses caractéristiques que par son mode de comblement. Notons que cette fosse, qui se développe en partie sous les stalles de la foulerie, n’a pu être intégralement fouillée. Son plan paraît avoir été en 8 : la fraction qui a pu être observée s’inscrit dans une ellipse de 0,66 m de large pour 0,85 m de long ; cependant, elle ne se referme pas et continue de s’étendre vers le sud-ouest après un rétrécissement large de 0,45 m. Si sa profondeur maximale est de 0,80 m, ses parois ont un profil variable : en U avec des pans inclinés sur les côté nord et sud, convexo-concave à son extrémité nord-est. Il nous semble capital de souligner que, pour autant que cela soit possible de l’observer eu égard à sa situation et aux constructions survenues par la suite sur trois de ses côtés, elle semble avoir été creusée directement dans les niveaux éruptifs, dégagés de tout éventuel aménagement construit lors des phases antérieures. À tout le moins, aucun d’entre eux n’est visible en coupe sur les côtés de la fosse. Son remplissage, vraisemblablement réalisé en plusieurs étapes mais dans un temps très réduit, reflète également ce point : on y retrouve les différents niveaux décrits plus haut, mais presque sous la forme d’une stratigraphie inversée. De même, bien qu’il soit trop tôt pour pouvoir l’affirmer, le taux de matériel résiduel et issu du remaniement de couches occupées détruites lors du creusement apparaît relativement réduit : la première impression est que l’ensemble du matériel qui a été découvert dans le remplissage y a été jeté volontairement au moment du creusement même. Enfin, l’unité de ce remplissage tient également au caractère particulièrement meuble, et parfois incohérent, des couches le constituant, à l’exception notable de la couche initiant le comblement et de celle scellant la fosse.

 

En reprenant le dépôt dans son ordre de constitution, la première couche à avoir rempli la fosse est constituée pour l’essentiel de grey ash remaniée, mélangée avec des charbons de fraction très fine. Son pendage laisserait supposer qu’elle a été déposée depuis le sud-ouest, tandis que son caractère compact pourrait être le résultat d’un piétinement léger. Un seul tesson de céramique commune ibérique y a été observé. Dans la partie nord-orientale de la fosse est ensuite déposé un niveau incohérent mélangeant charbons, cendres et os à une matrice beige résultant du remaniement de plusieurs couches éruptives. Y ont été mis au jour deux couvercles de céramique culinaire, huit fragments d’un pot à cuire et sept fragments d’un bol à relief à décor de demi-cercles concentriques et de perles (Note 19) (fig. 22), dont on retrouve six autres fragments éparpillés dans les dernières couches du remplissage.

 

Note 19 : Il s’agit d’un bol entrant dans la série des bols « mégariens », « au décor macédonien » (« Halbkreisornamentbecher », « concentric semi-circle bowls ») dont on trouve des parallèles à Délos (Courby 1922, no 30, pl. 13 ; Bruneau et al. 1970, no D10 p. 241 et pl. 40 ; Laumonier 1977, pl. 45 et 112), à Corinthe (Edwards 1975, p. 182-184), à Milet (Kossatz 1990, nos M262 et M434) et sur l’Agora d’Athènes (Rotroff 2006, nos 400-401, p. 91 et pl. 68, 89 avec bibliographie afférente). Cette production est datée entre le troisième quart du IIe s. av. n.è. et, au plus tard, le Ier s. av. n.è. Elle pourrait être originaire de Corinthe et avoir été copiée en Asie mineure (Callaghan 1978, p. 59-60 ; Kossatz 1990, p. 110-111).

 

 

Fig. 22 – Pompéi, VI 16, 6. Bol « mégarien » trouvé dans la fosse « rituelle ». Relevé photogrammétrique. 
Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR, dessin E. Le Quéré/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 22 – Pompéi, VI 16, 6. Bol « mégarien » trouvé dans la fosse « rituelle ». Relevé photogrammétrique.

Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR, dessin E. Le Quéré/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Cet état pourrait être partiellement lié au dépôt d’un aménagement de moellons sur les trois quarts de la surface de l’ellipse formée par la fosse. En tout, 14 moellons et éléments principaux ont été disposés au fond de la fosse et amassés en gradins sur une hauteur de 0,32 m (fig. 23). Les moellons sont principalement en basalte, même si l’on note un moellon de calcaire « du Sarno » ; certains d’entre eux présentent des traces de mortier, signe de leur emploi antérieur. Associés à ces moellons, des morceaux de béton de tuileau et des fragments d’enduits ont été trouvés, tandis qu’au sommet de cet assemblage hétéroclite, un tesson de tuile, posé à plat, a été observé. Sans véritablement constituer une construction au sens d’usage de la maçonnerie, cet amoncèlement n’est pas le fruit hasardeux d’un jet anarchique de moellons : en différents points, tous situés vers l’extérieur de l’agrégat, des petites quantités d’argile crue ont été mises en évidence entre les moellons (fig. 24). Enfin, dans les interstices entre les pierres, plutôt dans la partie centrale, nous avons retrouvé le même type de sédiment que celui de la couche inférieure. À l’exception de quatre fragments du bol « mégarien » et de quatre fragments d’un autre pot à cuire, aucun reste céramique n’a été observé ; en revanche, nous signalerons la présence d’un clou. Au sommet de cet aménagement, contre la paroi nord-est, une couche de cendres, allant jusqu’à 5 cm d’épaisseur, contenant également quelques charbons, ossements animaux, escargots et rares tessons, a été déposée (fig. 25).

 

Fig. 23 – Pompéi, VI 16, 6. Construction de moellons tenus à l’argile dans la fosse « rituelle ». Relevé photogrammétrique.
Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 23 – Pompéi, VI 16, 6. Construction de moellons tenus à l’argile dans la fosse « rituelle ». Relevé photogrammétrique.

Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Fig. 24 – Pompéi, VI 16, 6. Boules d’argile tenant les moellons extérieurs de l’amas d’éléments de maçonnerie. 
Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 24 – Pompéi, VI 16, 6. Boules d’argile tenant les moellons extérieurs de l’amas d’éléments de maçonnerie.

Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Fig. 25 – Pompéi, VI 16, 6. Couche de cendres au sommet de l’amas d’éléments de maçonnerie. Relevé photogrammétrique. 
Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 25 – Pompéi, VI 16, 6. Couche de cendres au sommet de l’amas d’éléments de maçonnerie. Relevé photogrammétrique.

Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Le reste du comblement n’est pas véritablement unitaire en ce qu’il révèle les variations de concentrations des différentes strates rencontrées lors du creusement de la fosse et varie donc dans des nuances allant du jaunâtre au beige, tout en restant d’une consistance particulièrement incohérente (fig. 26). D’une couche déposée à l’autre, le nombre (NMI) de récipients de préparation culinaire, de vaisselle de service et de consommation est sensiblement le même, en dépit d’un volume de terre dans lequel ils ont été enfouis allant du simple au double. La dernière couche se distingue en revanche par un nombre élevé de récipients (NMI = 72) et par la présence d’une quantité importante de matériel résiduel (NMI = 53, attestés par un seul fragment), presque absent du reste de la fosse. La proportion des groupes céramiques reste sensiblement constante avec un même rapport numérique des céramiques culinaires et fines. À l’exception de cinq vases intacts, ces pièces de vaisselier sont généralement brisées, mais fréquemment complètes et reconstituées à partir d’un nombre réduit de fragments. La dernière couche de ce comblement, seulement épaisse de 0,10 à 0,17 m est en ce sens particulièrement frappante : sur les 72 individus répertoriés, 9 sont complets ou presque complets même s’ils sont fragmentés en 4 à 12 tessons, tandis que sur les 24 de la couche précédente, 9 autres sont complets ou presque complets.

 

Fig. 26 – Pompéi, VI 16, 6. Coupe est-ouest de la fosse « rituelle ». 
Relevé, dessin S. Aho, N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 26 – Pompéi, VI 16, 6. Coupe est-ouest de la fosse « rituelle ».

Relevé, dessin S. Aho, N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

En plus de cette profusion de vaisselle, d’autres éléments renvoyant aux activités domestiques ont été mis en évidence : un peson, des épingles, une boule de pigment bleu, une statuette acéphale en terre cuite, deux monnaies de bronze, des clous. L’inclusion la plus frappante reste un bloc parallélépipédique d’argile verdâtre cinéritique (Note 20) d’environ 25 cm de long pour 10 à 15 cm de large et d’épaisseur (fig. 27). Il s’agit de la même argile que celle utilisée pour lier les moellons de l’amoncellement. Une telle quantité étonne dans un site où les bancs d’argile sont inexistants. Enfin, la fosse est scellée par une épaisse couche (12 cm), très argileuse, dépourvue de matériel. Sa consistance au moment de la fouille laisse supposer qu’elle a eu le temps de sécher avant d’être éventuellement elle-même enfouie.

 

Note 20 : Nous remercions vivement V. Amato pour ses observations sur ce bloc d’argile qui ne saurait être d’origine strictement pompéienne.

 

Fig. 27 – Pompéi, VI 16, 6. Bloc d’argile dans le comblement de la fosse. Vue de l’est. 
Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 27 – Pompéi, VI 16, 6. Bloc d’argile dans le comblement de la fosse. Vue de l’est.

Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Le ramassage manuel des vestiges s’est accompagné du tamisage à maille fine (2 et 0,5 mm) de l’intégralité des comblements fouillés de la fosse (341 L). Les mailles ont été choisies pour récupérer l’ensemble des données archéozoologiques et archéobotaniques. Cette approche exhaustive a permis de constater que de nombreux restes osseux de mammifères, d’oiseaux, de mollusques et de poissons ont été rejetés. Le sommet du comblement a livré le plus de vestiges mais les concentrations les plus fortes sont rencontrées au sein de l’amas de moellons. Le tamisage a favorisé la récolte des éléments les plus petits, notamment des esquilles (n=1210) qui n’ont pas pu être déterminées mais qui proviennent de petit bétail (porc et caprinés). Pour ce qui concerne le poisson, le tri (Note 21) et les dénombrements ont été opérés sur un assemblage de 5105 restes.

 

Note 21 : Le tri a été opéré sur les refus de tamis de la maille de 2 mm. Les premiers résultats présentés ici ne prennent pas en compte les refus de la maille de 0,5 mm qui seront triés prochainement.

 

Les mammifères sont représentés par 152 vestiges. Les espèces présentes sont exclusivement domestiques : le porc (88 restes), les moutons et les chèvres (54 restes), le bœuf (9 restes) et un équidé (1 reste). Les oiseaux sont essentiellement représentés par le poulet (21 fragments) mais de l’oie et du pigeon sont aussi présents (1 reste pour chacun). Des coquillages marins ont été retrouvés (47 valves). Sont représentés des espèces habituelles de la zone : des palourdes, des amandes, des patelles, des donax et un murex tuberculé. Des coquilles d’escargot gros-gris (6 complètes et de nombreux fragments), qui est un escargot terrestre comestible, ont par ailleurs été mises au jour. Pour ce qui concerne les animaux domestiques, on ne distingue pas ces vestiges de ceux que l’on pourrait rencontrer en contexte détritique. Les traces de découpe correspondent à des préparations de boucherie (séparation des bas de pattes, désarticulation) ou de préparation culinaire. L’analyse de la répartition anatomique des os ne fait apparaître aucune particularité : toutes les parties des animaux sont présentes. Ces observations sont similaires à celles effectuées pour les poissons puisque les éléments mis au jour correspondent aussi à des épisodes de préparation (tête de thon) et de consommation.

 

Les taxons de poissons sont exclusivement des espèces marines. La liste fournie ici est non exhaustive car le travail d’identification spécifique est en cours (Note 22). Les ossements sont attribuables aux familles des muraenidae (murènes), des congridae (congres), des anguillidae (anguilles), des engraulidae (anchois), des clupeidae (sardines), des mugilidae (mulets), des scombridae (thons, bonites, maquereaux), des labridae (girelles), des moronidae (bars) et des sparidae (pageots, bogues, sars, mendoles). Cette méthode d’échantillonnage exhaustif permettra à terme de comparer la part de chaque animal dans l’alimentation. De nombreux fragments de charbons, parfois de taille importante (ca. 3 à 6 cm), ont également été ramassés manuellement. Le tamisage a été nécessaire pour récupérer les éléments de plus petites tailles et les graines, parmi lesquelles ont été reconnus pendant le tri des refus de tamis des noyaux d’olive carbonisés et des pépins de raisins minéralisés.

 

Note 22 : La nomenclature retenue est celle en cours de validité dans la base de données en ligne Fishbase.

 

En termes de datation, l’ensemble paraît assez cohérent. Nous nous limiterons ici à indiquer une fourchette large fournie principalement par le bol « mégarien » et l’absence de toute céramique sigillée, ce qui placerait le comblement de la fosse entre le dernier quart du IIe s. av. n.è. et le milieu du Ier s. av. n.è. Le dépôt dans cette fosse contient donc principalement de la vaisselle de table et de préparation culinaire – on note ainsi la présence d’au minimum 19 gobelets et 13 ollae – et des restes de nourriture. Le point central de l’ensemble reste l’amoncellement structuré des moellons « assemblés » les uns avec les autres par de petites quantités d’argile crue. Il est difficile de ne pas noter que, dans cet aménagement, toutes les parties constituant une maison, décor inclus, sont représentées ; par ailleurs, le caractère intentionnel de la constitution de cet amas est patent (Note 23). Le niveau de cendres observé au sommet de cet aménagement semble avoir été rapporté : rien ne permet de supposer que le foyer qui a permis de produire ces restes de combustion a été allumé dans la fosse. En effet, ni le tesson de tuile ni les autres éléments alentour ne portent de marque claire de soumission au feu. Il en va de même pour la vaisselle : sur un total de 97 vases (NMI), une grande partie des récipients de préparation culinaire (ollae, patellae) et de vaisselle de service (cruchettes à paroi fine essentiellement) semble avoir été brisée avant leur dépôt dans la fosse. En revanche, quelques récipients de consommation – et en particulier quatre gobelets à paroi fine – ont été retrouvés intacts ou presque dans les couches supérieures du comblement. Mis à part quelques fragments du bol « mégarien » et ceux provenant d’un pot à cuire, retrouvés dans les couches inférieures de la fosse, la plupart de la vaisselle semble avoir été utilisée puis brisée hors de la fosse, avant d’y être jetée, après l’érection de l’agglomérat de moellons.

 

Note 23 : Le caractère casuel de la mise en place de cet amas de moellons liés par des petites quantités d’argile – rarissime à Pompéi – doit être écarté. Dès lors, cet amas pourrait correspondre à une « maison symbolique », tous les éléments constitutifs de celle-ci étant rassemblés, et, par-là, éventuellement renvoyer à une pratique rituelle.

 

Pour l’heure, les différents éléments participant du comblement de cette fosse renvoient à des interprétations divergentes : l’étude de la faune tendrait à indiquer une simple fosse dépotoir, réceptacle de rejets de préparation alimentaire ; les objets céramiques sont pour partie très fragmentaires et résiduels, mais peuvent être quasiment complets et peu fragmentés ; entre deux phases relativement claires du remplissage, un amoncellement structuré de moellons a été érigé, ce qui pourrait renvoyer à une séquence pouvant être caractérisée de rituelle. Dans l’attente de l’achèvement des études en cours sur les restes végétaux et de faune (Note 24), on se gardera donc, par prudence, de proposer toute interprétation univoque.

 

Note 24 : S. Coubray (INRAP – MNHN) étudie les charbons, B. Ephrem l’ichtyofaune, S. Lepetz les restes de faune, V. Zech-Matterne (CNRS – MNHN) les restes végétaux.

 

Installation d’aménagements hydrauliques

La difficulté pour cette nouvelle phase est que l’essentiel des transformations n’a pu être observé que par le biais du profil mis au jour par le creusement de la citerne en 1905, et n’a, de ce fait, généralement pas pu bénéficier d’une véritable fouille. Cette difficulté est évidente pour les niveaux partiellement dégagés sur le côté oriental de la citerne. Sans que l’on puisse connaître les niveaux sur lesquels ils reposent, il en va de même pour les niveaux observés sur le côté occidental de la citerne, au sud, qui pourraient être une série de sols de terre battue, en particulier le dernier d’entre eux. Le probable sol en terre battue, observé sur une trentaine de centimètres de longueur à l’ouest, sur le côté septentrional de la citerne, présente le même problème. Il est impossible de déterminer quand il a été installé, d’autant qu’il repose directement sur un niveau de grey ash. Toutefois, il est taillé pour l’installation d’une large canalisation maçonnée, qui court de l’angle nord-ouest de la pièce vers un conduit de citerne probablement antique et remployé lors de la construction de la citerne contemporaine. Cette canalisation présente un conduit large de 0,17 m et haut de 0,14 m ; il est inséré dans un puissant massif large de 0,35 m et dont l’épaisseur est de 0,42 m. Excepté pour la base du canal proprement dit, dont les parois et le fond sont réalisés avec des terres cuites architecturales, le massif de la canalisation paraît n’avoir employé que des moellons de calcaire « du Sarno ». Un possible sol en terre battue est déployé au-dessus de la canalisation après sa construction.

 

Ultérieurement, ce dernier est excavé pour mettre en place un drain constitué, pour ce qu’il a été possible d’observer, de deux amphores retaillées emboîtées l’une dans l’autre : une Lamboglia 2 fichée sur une Dressel 1 (fig. 28). Dans l’optique d’assurer leur stabilité, un comblement de pierre a été utilisé pour remplir le vide laissé par le creusement d’installation des amphores. Un niveau de préparation de sol, non damé, a été fouillé, mais aucune trace n’a été perçue du sol proprement dit. Peut-être faut-il associer ce niveau au sol observé dans l’angle nord-est de l’atelier, avec lequel il n’existe toutefois aucun lien stratigraphique.

 

Fig. 28 – Pompéi, VI 16, 6. Drain composé d’au moins deux amphores emboîtées l’une sur l’autre (vue zénithale de l’est). 
Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 28 – Pompéi, VI 16, 6. Drain composé d’au moins deux amphores emboîtées l’une sur l’autre (vue zénithale de l’est).

Cl. MIBAC/N. Monteix/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Installation d’une foulerie

Au cours d’une phase successive, les premiers travaux réalisés apparaissent comme une réparation du mur septentrional. Selon l’étude du bâti menée par F. Seiler dans les années 1980, ce mur correspondrait à une réparation consécutive au séisme de 62/63 (Note 25). Dans l’attente de pouvoir compléter notre propre étude du bâti en l’élargissant aux différentes pièces de la Casa degli amorini dorati attenantes aux ateliers VI 16, 3 à 6, cette proposition peut être partagée : bien que majoritairement composé de moellons de calcaire « du Sarno », le mélange avec d’autres roches tend à appuyer cette interprétation.

 

Note 25 : Seiler 1992, p. 83.

 

Ce n’est qu’après avoir reconstruit le mur et remblayé les percements effectués que les travaux de construction de la foulerie prennent place (fig. 29). Un quadrilatère long de 2,07 m et large de 1,40 m est creusé dans l’angle nord-ouest de l’atelier, sur 0,41 m au maximum ; son angle sud-est est arrondi et un creusement similaire, bien que profond de seulement une dizaine de centimètres, est également réalisé dans le mur occidental. De manière assez étonnante, contre la seule paroi orientale de ce creusement, un muret est érigé. Il s’agit d’un assemblage hétéroclite de fragments de taille réduite, mal aggloméré à la terre contenant très peu de chaux et conservé sur une hauteur de 0,19 m. Après le dépôt d’un remblai de nivellement, deux stalles de foulerie sont construites. La technique de construction est la même que pour le muret oriental, tout au plus la surface interne est plus soignée. Les stalles sont profondes de 0,40 m à l’intérieur. Larges de 0,41 m et longues de 0,67 m, elles ne présentent aucun revêtement hydraulique, même sous forme de trace. En revanche, dans la plus occidentale des deux, de possibles restes de bois ont été observés au nettoyage, laissant ouverte la possibilité d’un cuvelage non maçonné. Une fois ces aménagements terminés, un niveau de circulation est mis en place à une altitude de 35,60 m s.l.m. ; de cette manière, il existait un niveau inférieur autour des stalles, nécessitant de descendre une marche de 0,15 m depuis le probable niveau de circulation dans le reste de la pièce, avant de franchir le muret des stalles, se développant à 0,44 m au-dessus de ce niveau encaissé. Pour malcommode que puisse paraître cette situation, elle peut être liée à la disparition d’éléments démontés dans la phase successive. Sinon, elle renvoie, certes de manière accentuée, à une organisation que l’on retrouve dans d’autres fouleries de petites dimensions, où il existe le même type de ceinture autour des stalles, à leur pied, pour empêcher les débordements de liquide (Note 26).

 

Note 26 : Voir, e.g. la foulerie V 1, 2, nettoyée par M. Flohr (2011, p. 2‑3), où un boudin en surépaisseur de 0,20 m enserre l’accès aux stalles. Une entrée plus commode est toutefois prévue pour celles-ci.

 

Fig. 29 – Pompéi, VI 16, 6. Plan général des vestiges mis au jour pendant la campagne 2018. 
Relevé, dessin : S. Aho, F. Fouriaux/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

Fig. 29 – Pompéi, VI 16, 6. Plan général des vestiges mis au jour pendant la campagne 2018.

Relevé, dessin : S. Aho, F. Fouriaux/EFR. Licence creative commons, © CC BY-NC-SA.

 

Changement de destination de l’atelier

La phase suivante, précédant certainement de peu l’éruption car restée inachevée, est un moment de transformation de l’usage de cette pièce ouverte sur la rue. Après une possible destruction des stalles ou l’amorce de leur comblement, le mur nord subit une réparation très ciblée, avec l’adjonction d’un faux orthostate, ce qui a nécessité une reprise partielle des fondations dans la partie orientale du mur, puis la construction du massif maçonné permettant d’accéder à l’étage. Les stalles sont comblées, et, pour autant que l’on puisse l’observer, une grande partie de l’atelier est remblayée avec les déchets issus de la destruction de la décoration pariétale.

 

Bibliographie

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Monteix, Enora Le Quéré, François Fouriaux, Sanna Aho, Brice Ephrem, Sébastien Lepetz, Evan Proudfoot et Caroline Autret,

« Les ateliers au sud-est de la Casa degli amorini dorati à Pompéi », Chronique des activités archéologiques de l’École française de Rome [En ligne],

Les cités vésuviennes, mis en ligne le 11 septembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/cefr/3548 ; DOI : 10.4000/cefr.3548

 

 

 

 

 

 

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Ultimo aggiornamento - Last updated: 14-Mar-2020 16:04